« Antéchrist » et « Stupeur du monde »…

Agrégé d’histoire, Sylvain Gouguenheim (°1960) est professeur d’histoire médiévale à l’École normale supérieure de Lyon. Il a notamment rédigé des ouvrages sur les chevaliers teutoniques et sur les apports culturels du monde byzantin à l’Europe médiévale. Il a dirigé, chez Perrin, le volume collectif Les Empires médiévaux (2019).

Chez le même éditeur, en 2015, il avait fait paraître une magistrale biographie de Frédéric II qui ressort actuellement en version de poche dans la fameuse collection « Tempus ».

Frédéric de Hohenstaufen (Frédéric II, en tant qu’empereur des Romains), né le 26 décembre 1194 à Jesi et mort le 13 décembre 1250 à Fiorentino, régna sur le Saint-Empire de 1215 à 1250. Il fut roi des Romains, roi de Sicile, roi de Provence-Bourgogne (ou d’Arles), et roi de Jérusalem.

Il était le fils de l’empereur Henri VI et de Constance de Hauteville, elle-même fille de Roger II de Hauteville, premier roi normand de Sicile. Alors que sa mère avait 40 ans, sa naissance eut lieu en public, sous une tente dressée sur la place principale de Jesi. L’accouchement menaçait de tourner au drame lorsque l’on fit appel à deux médecins arabes qui sauvèrent la mère et l’enfant.

Il connut des conflits permanents avec la papauté et se vit excommunié par deux fois. Le pape Grégoire IX l’appelait « l’Antéchrist ».

Il parlait au moins six langues : le latin, le grec, le sicilien, l’arabe, le normand et l’allemand. Il accueillait des savants du monde entier à sa cour, portait un grand intérêt aux mathématiques et aux beaux-arts, se livrait à des expériences scientifiques (parfois sur des êtres vivants) et édifiait des châteaux dont il lui arrivait de tracer les plans. En raison de ses bonnes relations avec le monde musulman, il mena à bien la sixième croisade — la seule croisade pacifique — et fut le second à reconquérir les lieux saints de la chrétienté, après Godefroy de Bouillon.

Dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen, il devint une légende. De Matthieu Paris[1], il reçut les surnoms de Stupor Mundi (la « Stupeur du monde ») et de « prodigieux transformateur des choses », au point qu’on attendit son retour après sa mort[2].

Écoutons l’auteur :

Frédéric II de Hohenstauffen (1194-1250) exerça son pouvoir dans une époque riche en mutations. Au cours d’un règne tumultueux, il déploya des qualités qui le placent parmi les souverains les plus fascinants de toute l’histoire médiévale occidentale. Héritier des rois normands de Sicile et des souverains germaniques, ce monarque réformateur et d’une volonté de fer apparaît comme l’une des figures majeures du Saint Empire.

Dominant l’Allemagne, l’Italie et le royaume de Jérusalem, son objectif fut partout et toujours le même : exercer et défendre les droits royaux et impériaux, en usant avec souplesse des possibilités offertes par les situations locales.

Les réussites, réelles, du règne ne masquent pourtant pas ses difficultés et ses échecs. Frédéric II se heurta à la révolte de son premier fils, Henri. En butte à l’opposition radicale de la papauté, il fut excommunié, puis, déclaré parjure et hérétique, il fut déposé par Innocent IV, laissant un empire troublé par la guerre civile.

Et l’éditeur :

Par ce travail basé sur des archives aussi bien allemandes qu’italiennes et françaises, et en délaissant le mythe comme la psychologie supposée du personnage, mais en s’attachant à étudier le règne, sans a priori ni anachronisme, Sylvain Gouguenheim brosse le portrait renouvelé d’une figure médiévale d’exception.

Bernard DELCORD

Frédéric II par Sylvain Gouguenheim, Paris, Perrin, collection « Tempus », septembre 2021 [2015], 526 pp. en noir et blanc au format 10,9 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)


[1] Matthieu Paris (ca 1200-1259) était un moine bénédictin anglais, historien, artiste enlumineur, hagiographe, cartographe, sculpteur et encore ouvrier en métal. Au monastère bénédictin de Saint-Albans, il continua l’œuvre historique de Roger de Wendover, les Chronica maiora, en l’élargissant par l’ajout des événements étrangers. Il est connu pour son admiration envers Frédéric II du Saint-Empire.

[2] fr.wikipedia.org/wiki/Frédéric_II_(empereur_du_Saint-Empire.

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